Cet article revient sur les cinq erreurs les plus fréquentes lors d'une prise de poste managériale, avec une attention particulière à une situation que les guides classiques n'abordent presque jamais : celle de manager ses anciens collègues après une promotion interne.
Du collaborateur individuel au manager : un changement de métier, pas de grade
La transition managériale est rarement ce qu'on imagine avant de la vivre. Vous étiez performant·e dans votre rôle parce que vous maîtrisiez votre domaine et produisiez des résultats visibles. Manager, c'est faire produire les autres. Ce glissement semble simple à décrire. Il est difficile à intérioriser.
Concrètement, votre journée change de structure. Vous passez moins de temps à faire et plus de temps à orienter, débloquer, arbitrer. Certains nouveaux managers vivent cette transition comme une perte de sens, parce qu'ils ne voient plus leur propre production. C'est compréhensible : la satisfaction liée à un livrable bien fini disparaît, remplacée par une satisfaction plus diffuse, celle de voir une équipe progresser et prendre des décisions sans vous.
Votre périmètre s'élargit aussi sur le plan relationnel. Vous n'êtes plus uniquement responsable de votre propre travail : vous l'êtes de celui de plusieurs personnes, avec des profils, des motivations et des rythmes différents. Lire une équipe demande du temps et de l'attention. C'est une compétence à part entière, pas une extension naturelle de ce que vous faisiez avant.
Ce qui ne s'improvise pas, c'est la posture managériale. Elle repose sur la capacité à calibrer son niveau de directivité selon le collaborateur·trice et la tâche, et à rester cohérent dans ses décisions dans le temps. Contrairement à ce qu'on entend souvent, ces compétences s'acquièrent. Ce ne sont pas des qualités réservées à certains tempéraments.
Devenir manager pour la première fois : les cinq erreurs les plus fréquentes
La plupart des erreurs que font les nouveaux managers se ressemblent. Elles ne viennent pas d'un manque d'engagement : elles viennent du fait qu'on apprend généralement le management sans préparation explicite, sur un périmètre humain réel, avec des conséquences directes sur des personnes.
- Continuer à faire à la place de l'équipe plutôt que de déléguer
- Vouloir être apprécié de tous plutôt que de poser un cadre clair
- Reporter les conversations difficiles
- Ne pas clarifier les attentes dès le départ
- Croire qu'avoir été managé suffit à savoir manager
La première erreur est de continuer à faire à la place de l'équipe. Vous connaissez le sujet mieux que vos collaborateur·trice·s : c'est probable. Reprendre leurs tâches est pourtant contre-productif. Cela les prive d'autonomie, vous surcharge, et envoie le signal que vous ne leur faites pas confiance. Déléguer efficacement ne signifie pas renoncer à la qualité : ça signifie clarifier les attendus, laisser la méthode à la personne, et vérifier l'avancement à intervalles définis.
La deuxième erreur est de confondre popularité et autorité. Certains primo-managers craignent de perdre leurs relations en posant des décisions fermes. Ils évitent les sujets qui fâchent, accordent des faveurs, laissent passer des comportements problématiques. À court terme, ça préserve l'ambiance. À moyen terme, ça fragilise la crédibilité : il devient de plus en plus difficile de reprendre la main sans que le recadrage ne paraisse brutal ou arbitraire.
Reporter les conversations difficiles est la troisième erreur, et certainement la plus coûteuse dans le temps. Un problème de performance non adressé à J+15 devient un problème de fond à J+90. Le feedback ne doit pas attendre l'entretien annuel : il doit être fréquent, factuel et proche de l'événement qui l'a motivé. Plus on attend, plus la conversation devient difficile à avoir et moins elle est utile pour la personne concernée.
Ne pas clarifier les attentes dès le départ crée une confusion que l'équipe ne verbalisera pas spontanément. Qui décide quoi ? Quelles sont les priorités ? Comment mesure-t-on la réussite ? Ces questions semblent basiques, et pourtant beaucoup de nouveaux managers les laissent en suspens, en supposant que tout le monde a la même lecture de la situation.
La cinquième erreur est de croire qu'avoir été managé suffit à savoir manager. Vous avez observé vos propres managers pendant des années. Vous avez des intuitions sur ce qui fonctionne. C'est un point de départ, pas une formation. Il y a une différence entre reconnaître un bon management et savoir l'exercer soi-même, sous pression, avec des personnalités différentes et des enjeux concrets.
Manager ses anciens collègues : le défi que personne ne vous a préparé à vivre
La majorité des primo-managers prend ses fonctions dans l'équipe où il ou elle travaillait déjà. C'est la configuration la plus fréquente, et aussi la plus délicate. Du jour au lendemain, la relation avec des collègues change de nature : vous êtes désormais responsable de leur évaluation, de leurs objectifs, de leurs blocages, parfois de leurs conflits entre eux.
Le premier réflexe est souvent de faire comme si rien n'avait changé, pour ne pas rompre les liens construits. C'est une erreur. Il vaut mieux nommer explicitement le changement de rôle, dès les premiers jours, avec chaque membre de l'équipe en entretien individuel. Ce n'est pas une déclaration de rupture : c'est une façon de poser un cadre clair, pour vous comme pour eux, et d'éviter que chacun·e ne s'interroge en silence sur ce que ça implique.
L'autre risque est inverse : se distancier brusquement pour affirmer l'autorité. Multiplier les signes de hiérarchie, couper les échanges informels, adopter un registre formel avec des personnes qui vous connaissaient sous un autre jour. Cette sur-correction crée de l'incompréhension et détériore rapidement la confiance. La cohérence dans le temps vaut mieux que n'importe quel signal fort à la prise de poste.
Certains managers dans cette situation ressentent aussi un doute sur leur propre légitimité : «Pourquoi moi plutôt qu'eux ?», «Est-ce qu'ils m'acceptent vraiment dans ce rôle ?». Si vous vous reconnaissez dans ces questions, la lecture de notre article sur le syndrome de l'imposteur au travail peut compléter cette réflexion.
Déléguer, donner du feedback, communiquer : trois compétences qui ne s'improvisent pas
Ces trois compétences reviennent dans toutes les analyses du primo-management. Elles ont en commun d'être contre-intuitives : on croit les maîtriser parce qu'on les a vécues du côté du collaborateur·trice. Les exercer en tant que manager, c'est un autre apprentissage.
Déléguer efficacement demande de clarifier les résultats attendus, pas les méthodes. Si vous expliquez comment faire en détail, vous assignez une tâche. La vraie délégation laisse de la marge sur le comment tout en étant ferme sur le quoi et le quand. Cette distinction semble fine : ses effets sur l'autonomie et la motivation de l'équipe sont, eux, très concrets. Une équipe qui sait que vous lui faites confiance sur la méthode travaille différemment d'une équipe qui attend vos instructions à chaque étape.
Le feedback fonctionne mieux quand il est fréquent, bref et factuel. «Tu as bien géré la réunion de mardi» est moins utile que «La façon dont tu as recadré la discussion sur les délais a permis de prendre une décision en vingt minutes au lieu de la reporter.» La précision rend le feedback reproductible : la personne sait quoi refaire, pas seulement qu'elle a bien fait.
La communication managériale ne se résume pas à informer. Elle consiste à adapter le message à l'interlocuteur·trice : son niveau d'autonomie, son besoin d'information, son canal préféré, son contexte du moment. Un manager qui communique de la même façon avec tout le monde communique efficacement avec personne. Cette adaptation repose en grande partie sur l'intelligence émotionnelle au travail, une compétence que beaucoup de primo-managers sous-estiment dans les premiers mois de prise de poste.
Préparer sa transition managériale : se former avant les premières erreurs
Il y a une idée reçue selon laquelle le management s'apprend sur le terrain. C'est vrai. Il s'apprend aussi sur des personnes réelles, avec des conséquences réelles sur leur travail, leur motivation et parfois leur envie de rester dans l'équipe. L'apprentissage par essai-erreur a un coût que les chiffres de turnover et d'absentéisme finissent par refléter.
Une formation managériale en amont ou en tout début de prise de poste raccourcit ce cycle d'apprentissage. Pas en fournissant des recettes : en donnant un cadre conceptuel pour lire les situations, un espace pour tester des postures sans conséquences immédiates, et un retour de pairs qui vivent les mêmes transitions. Le contact avec d'autres primo-managers est souvent ce que les participant·e·s citent comme le plus utile, devant les contenus théoriques eux-mêmes.
Il y a aussi quelque chose de difficile à admettre pour beaucoup de nouveaux managers : ils ont été promus parce qu'ils étaient bons dans leur domaine, pas parce qu'ils avaient des compétences managériales démontrées. La formation permet de nommer cet écart sans en avoir honte, et de commencer à le combler avant que les premières erreurs ne s'installent comme des habitudes difficiles à défaire.
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